samedi 13 juin 2015

QUAND LA MORT FRAPPE A LA NAISSANCE

Dans les branches anciennes de l'arbre généalogique, les nouveaux-nés décédés pratiquement à leur naissance ou âgés de quelques mois sont bien nombreux . Les épouses décédées en couches aussi, d'où la fréquences des remariages rapides, le veuf devant retrouver une maman de substitution pour les enfants survivants . 


Sous l'Ancien Régime, avant 25 ans, la mortalité des garçons est plus élevé que celle des filles . Mais c'est l'inverse pour la tranche des 25 à 40 ans, l'écart s'élevant parfois jusqu'à 17 %, en raison de la mortalité en couches des jeunes épousées . Les nouveau-né suivent souvent leur mère dans la tombe .....


LA MORT DE LA MERE EN COUCHES 


Au XVIIIème siècle, le risque encouru par la mère est fonction de plusieurs critères :


  • du rang de naissance : le taux de mortalité, de 18 % au premier accouchement, descend ensuite à moins de 11 %, puis remonte à partir du septième accouchement pour atteindre le niveau record des 26 % à partir du douzième accouchement : 
  • de l'âge de la mère : le risque est de 9.8 % chez les femmes de moins de 25 ans, de 16.6 % après l'âge de 35 ans :
  • de son état de santé : une mauvaise nourriture, des carences alimentaires remontant parfois à l'enfance donnent aux femmes des bassins trop étroites et augmentent les risques :
  • d'une présentation anormale de l'enfant, sa venue au monde devenant alors un tour de force que les voisines ou les sages-femmes ne sont pas en mesure d'assurer si elles sont appelées trop tard . Si elles interviennent tôt, elles arrivent parfois à tourner manuellement l'enfant dans le ventre de la mère, technique connue de l'Antiquité . Mais la manoeuvre n'est pas sans risque : étranglement de l'enfant par cordon ombilical, déchirure des tissus entraînant ensuite la mort de la mère ....La seule opération qui permet aujourd'hui, de sauver l'un et l'autre, est la césarienne . Mais, jusqu'à la fin du XIX ème siècle, cette opération dangereuse, à l'issue incertaine, est déconseillée par tous les chirurgiens . Jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, elle est même condamnée par l'Eglise, et souvent refusée par les familles qui considèrent qu'elle tue plus sûrement qu'elle ne sauve . En effet, les quelques essais tentés se soldent en général par le décès de la mère et de l'enfant - et l'on replace ensuite le bébé dans le ventre de sa mère pour les enterrer ensemble . 

DEBUT DU XIX ème SIECLE : L'EVOLUTION MEDICALE 


Sous le second Empire, puis sous la IIIe République, le nombre d'hôpitaux augmentent considérablement (plus 43 % de 1853 à 1911) . A partir de 1855, des soins gratuits sont mis en place pour les femmes les plus pauvres . Mais surtout, les méthodes changent : meilleure formation des médecins et des sages-femmes, auscultation avec de nouveaux instruments, invention en 1860 des pinces à hémostases par compression pour arrêter les hémorragies, diffusion des techniques antiseptiques mises au point par Lister, en 1867, et, surtout, dans les années 1890, l'extraordinaire révolution pastorale . Autant de bouleversements médicaux qui vont considérablement réduire la mortalité en couches . Après la Seconde Guerre Mondiale, la généralisation de l'accouchement médicalisé dans les hôpitaux désormais sûr a fait le reste, puisque la mortalité en couches est aujourd'hui tombée aux environs de 0.12 % . 


LA MORT DE L'ENFANT 


La mortalité périnatale (dans le mois qui suit la naissance) est restée longtemps très forte, supérieure à 10 % sous l'Ancien Régime . Pour l'enfant à naître, les risques sont en effet bien nombreux : 
  • s'il naît avant terme, il est pratiquement condamné . Ce n'est que dans les années 1860 que l'on comprend que la principale cause du décès est l'hypothermie et que l'enfant doit être réchauffé plusieurs semaine . Mais, pendant encore un siècle, les naissance ont lieu dans des maisons peu chauffées ....
  • s'il se présente mal, comme évoqué plus haut, l'issue est en général funeste ;
  • si l'accouchement est trop long (des durées d'un à trois jours sont autrefois perçues comme normales) et l'enfant en garde des séquelles;
  • si les soins prodigués ne sont pas toujours adaptés : ainsi on laisse souvent le nouveau-né à la diète pendant quelques jours, car on croit que le lait est mélangé à du sang de l'accouchement et on attend qu'il se purifie ....

COMMENT SAUVER L'ENFANT ?


Si l'enfant est vivant mais semble en danger, la sage-femme a la possibilité de l'ondoyer (c'est à dire de le baptiser, pour sauver au moins son âme) dès qu'il se présente, même s'il n'est pas entièrement sorti du ventre maternel . Le baptême in utero est admis aussi, même s'il est controversé par les théologiens . 
Si l'enfant naît inanimé, on le masse, on lui souffle dans le nez ou la bouche, on lui frictionne les tempes à l'alcool, on lui fait couler un peu de vin dans la bouche, on lui introduit une plume au fond de la gorge, on le place près du feu pour le réchauffer, on le secoue même en tout sens .....Si rien n'y fait, les parents ont souvent recours à des "sanctuaires à répit", c'est à dire, à l'intérieur de certaines églises, des autels sur lesquels on peut apporter en toute hâte un enfant mort-né ou ayant expiré avant d'avoir été baptisé : on prie et on guette le moindre frémissement, le moindre signe de vie pouvant permettre à un prêtre de lui administrer l'extrême onction . Ces sanctuaires, derniers recours contre une port non-chrétienne, sont utilisés jusqu'au début du XX ème siècle . 

D'après un article de Marie-Odile Mergnac






Consultation d'un nouveau-né par le Docteur René Quinton (1908



Mort de Rachel (mourut en donnant naissance à son fils Benjamin)




Enterrement d'enfant  (1863)







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